POUR LES LECTRICES ET LECTEURS DE MON AUTOBIOGAPHIE
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MON REGARD SUR L’HISTOIRE DE BRETAGNE
(Ma sell ouzh
 Istor Breizh)

Concernant la Préhistoire mésolithique, puis la Protohistoire du Néolithique, de ses mégalithes et ses cairns, et enfin l’Antiquité celtique atlantique (beaucoup de tuilages longtemps sous-évalués entre ces ères), je l’évoque rapidement dans une autre page. Je développerai très probablement ici-même. 

Haut Moyen-Âge

L’immigration en Armorique

Pendant plus de 6000 ans, les échanges Nord-Sud et Sud-Nord avaient été réguliers au sein de l’archipel comprenant l’Armorique et les iles dites britanniques, notamment de part et d’autre de la Manche. Ces échanges permanents étaient bien sûr commerciaux et culturels, mais aussi familiaux (l’Adn le montre). Ils n’ont cependant pas toujours été pacifiques, pas plus que ne l’a été la « Mare nostro » méditerranéenne, si comparable. Ces échanges s’étendaient à tout l’Arc Atlantique, du Portugal aux Shetlands. 

Une immigration plus marquée des Bretons-Brittons de Grande-Bretagne a suivi ce mouvement constant de populations. Ce flux Nord-Sud s’est déroulé plus intensivement sur plus de deux siècles, du Vème au VIIème. Au moins trois causes, distinctes ou se croisant, ont participé à ce mouvement : la fin de l’Empire romain, l’afflux des invasions saxonnes en Grande Bretagne et aussi le domaine religieux, l’évangélisation

Nos connaissances sur la période sont un mélange d’histoire, de légende et de poésie. Ainsi, l’immigration est accompagnée par des chefs, parfois à la fois civils et du clergé de l’Eglise celtique (monastique). Le peuple breton donnera à beaucoup le titre de « saints ». Ce sont les fameux « saints fondateurs » : Pol, Samson, Patern, Kaourintin, Brieug, Mac’hlow, Tudual.  D’autres saints pas consacrés par Rome sont des déesses et  dieux de la religion populaire celtique intégrés au Christianisme local. Aussi ambigus sont des saints reconnus, comme Anna (ancienne déesse mère).                   Dans l’île de Bretagne, les affrontements avec les Saxons continuent. Vers 600 a lieu la bataille de Catraeth relatée par un poème britton d’Aneurin à la gloire du chef Urien, père du chevalier Owen ou Ewan, sous le règne d’Uther Pendragon. Le mythe fusionnera ensuite plusieurs personnages pour aboutir au symbolique Arthur, fils d’Uther, incarnation de la Résistance brittone (bien après celle de la reine Bouddica contre les Romains) et du mariage de la civilisation celtique et du christianisme.

Les rois bretons

Au tout début de cette  installation de Brittons chez leurs frères Armoricains, on se souvient d’un prince Conan Meriadec qui aurait règné en Armorique vers l’an 400. Puis Conomore, à la tête d’un territoire à cheval sur les deux rives de la Manche (les deux Domnonée),  puis viennent d’autres princes, tel Waraok (ou Erec), celui-ci règnant sur l’ancien pays des Venètes.

A l’école, on nous a parlé d’un roi appelé « Clovis ». C’est un nom inventé, le vrai étant Chlodowig, en langue germanique, parlée par des souverains non français mais francs, quasiment allemands, jusqu’à l’an mil. Ils ont conquis une partie de la « Gaule », pas la Bretagne, ou alors partiellement et provisoirement. 

Ici nous avons eu des rois qui ont vaincu ces ennemis.
Après le roi Morvan (surnommé plus récemment « Lez-Breizh »), parti du pays de Langonnet, le dernier roi pas internationalement reconnu fut le « Rig » Nomenoe, qui donna naissance à un royaume breton, souverain de fait, après la bataille de Ballon (845).

Puis, ont été adoubés officiellement par la papauté plusieurs rois, le premier: Erispoe. En 851, à la bataille de Jengland, il bat encore Karl der Kahle, roi de Francie occidentale et confirme définitivement le royaume breton indépendant et unifié. Ensuite, ce fut Salamun (qui conquiert le Cotentin en 867 et d’autres terres de l’ouest francien), et enfin Alan 1añ « Alan Veur ».
Ce dernier ne s’est jamais appelé « Alain ». Ils parlaient latin et vieux-breton, échangeaient facilement dans la même langue de l’autre côté de la Manche, avec lequel nous avons été encore très liés pendant des siècles.   

Sous le règne de nos rois, l’état breton a été à l’époque, malgré les divers assauts de l’est et du nord, l’état celtique le plus organisé (cf Léon Fleuriot). La Bretagne a connu un premier âge d’or sur le plan culturel: enluminures des manuscrits, échanges poétiques et musicaux des bardes avec l’autre Bretagne (le vieux breton est alors une variété d’une même langue brittone, parlée encore de Pornic à Glasgow), avec aussi une langue bretonne scientifique (manuscrit de Leyde), tentatives de maintenir l’autonomie de l’Église de Bretagne avec son archevêché de Dol, etc. ).                                                                                                                                                                                                                                                                                              Cela va être totalement mis en cause par les invasions viking.

Moyen et Bas Moyen-Âge

Les ducs bretonnants

Après les rois, les ducs souverains. Le premier fut Alan 2 « Alan Barvek » ou « Al Louarn » (rebaptisé plus tard « Barbetorte » par les francophones) après avoir chassé les Vikings (939, bataille de Trans).                                                                                                                                                                          Le trône de Bretagne sera parfois revendiqué de manière assez chaotique, laissant parfois le roi de France le croire par moment conquis, allant jusqu’à traiter ses princes de « comtes ».                                                                                                                                                                                              Plusieurs ducs de culture celtique vont encore se succéder, comme Alan III, Conan I, II, Hoel II, Alan IV (Fergant), Arthur 1er, etc. (ces derniers sont-ils encore brittophones, cela reste à préciser).

Les ducs francophones, pas tous francophiles

Plus tard, Pierre de Dreux (Mauclerc) devient duc (en 1213). Français d’origine et de culture, il assoit la langue française sur le trône de Bretagne, contrairement aux ducs de la maison de Cornouaille qui l’ont précédé. Dans ses bagages, il tente aussi d’apporter des éléments sociaux régressifs par rapport au monde celte, comme le servage qu’il ne réussit pas à imposer en Bretagne celtophone. Celle-ci se retire plus à l’Ouest, quoique la langue d’Oil ne dominera longtemps que sur l’est de la Haute-Bretagne actuelle, les Marches de Bretagne.

Les Bretons vont, par contre, continuer à être confrontés aux appétits des rois de nos voisins de l’est (Royaume de France) et du nord (Royaume d’Angleterre).

Le premier ne va plus être dirigé par des rois germaniques, mais par des rois parlant français (et latin bien sûr). Au nord, après la conquête normande (Guillaume) soutenue par la marine bretonne, les rois « anglais » sur le papier, frères ou cousins des souverains du sud, vont être tout autant français ou franco-occitans par la langue, la culture et les usages. Ceci pour longtemps.

Longtemps, le royaume de France se sera confronté au Royaume d’Angleterre. La Bretagne, elle, n’a cessé de passer d’un soutien à l’un ou à l’autre. Ceci s’est traduit par les hommages simples ou liges qu’au sein de la féodalité européenne, les ducs de Bretagne ont dû aux rois de France ou d’Angleterre. Les points de vue français et bretons se seront souvent (jusqu’à nos jours) opposés sur ce plan (et est-il illégitime pour un Breton de privilégier une vision bretonne ?) : parfois le roi de France reconnaissait au duc de Bretagne, à travers l’hommage simple, son indépendance (dans sa politique étrangère notamment), parfois non, réussissant ou non à lui imposer l’hommage lige. La stratégie politique bretonne variable a permis à mon pays de rester en général un état indépendant.  

De ce fait, la Bretagne n’a pas été, à proprement parler, partie prenante de la Guerre de cent ans. Celle-ci aura été (de mon point de vue) une guerre franco-française, un jeu sanguinaire aristocratique intra-familial au dépend des peuples. L’état français et son alliée l’Église auront manipulé les esprits, en la symbolisant par cette pauvre Jeanne d’Arc. 

Les deux ducs Jean ouvrent une période assez prospère

Une relative neutralité a été la source d’un développement économique faisant de la Bretagne un pays riche.   Avoir un parti pro-français et un parti pro-anglais a eu, par contre, comme conséquence notamment la guerre de succession, opposant Charles de Blois et Jean de Montfort (de 1341 à 1364). On y vit aussi la bravoure de Jeanne de Flandres « la Flamme » et Jeanne de Penthièvre. Elle se conclue par le combat des Trente à Elven (1351). C’est le parti pro-anglais qui l’emporta. 

Au XIV et XVème siècles, sous Jean IV et Jean V, la Bretagne s’est enrichie (une des plus grandes marines d’Europe, d’intenses et multiples exportations, dont toile, drap, blé, sel, lin). On comprend qu’elle fut convoitée

La capitale de la Bretagne n’est pas clairement ancrée, mais c’est plutôt Vannes, étant aussi résidence des ducs. 

Conquête française

Juste avant la Renaissance, le duc François II, monté sur le trône en 1458, fait de Nantes la capitale, y créé une université pour y éduquer les futurs responsables de l’administration et de la justice. Il modifie le château pour les nouveaux besoins pratiques et esthétiques.  Mais les Etats de Bretagne continuent de se réunir à Vannes-Guéned. François II décèdera peu après la bataille qui allait être décisive pour la France. 

C’est en effet, en 1488, une des plus grandes batailles du Moyen-Âge, celle de St Aubin du Cormier  qui enclenche cette conquête.                            Anne, la fille ainée de François II devient duchesse en février 1489.                                                                                                                                                  Puis, en 1491, c’est le deuxième mariage (forcé sous occupation des troupes françaises) d’Anne avec Charles VIII, après l’avoir été l’année précédente à Maximilien d’Autriche.

Semi-libération en 1499, avec son troisième mariageLouis XII), le contrat lui restituant une part de sa souveraineté.

Tout va changer après sa mort en 1514. Sa fille Claude est mariée à François, futur roi de France. Elle va céder ses droits contrairement au contrat. C’est Renée, seconde fille de la reine qui va être héritière du duché. Des manoeuvres royales la spolient de son duché. Le testament d’Anne de Bretagne a « disparu » tout simplement.
La grande noblesse bretonne reçoit faveurs et subsides pendant des années.
En 1532, le roi réunit les Etats de Bretagne à Vannes et leur « suggère » de demander une union définitive avec le Royaume de France. De nombreuses protestations n’empêchent pas que, sous la pression des troupes royales, la décision soit déclarée acceptée (sans trace de vote).
La suite est un édit royal (toujours en 1532), pris à Nantes, qui va intégrer durablement notre pays (surnommé « le Pérou des François ») au Royaume de France.
La Bretagne a gardé une autonomie, quoique rarement tout à fait respectée. Elle est qualifiée de « Province réputée étrangère« , pas très éloignée de l’expression actuelle « Minorité nationale ».

Sous les rois de France et les États de Bretagne

Après cette conquête, la puissance économique bretonne n’a pas tout de suite périclité. On le voit pendant la Renaissance et ses innombrables et magnifiques constructions religieuses.

Puis, particulièrement Louis XIV, avec Colbert, a détruit notre économie. Cette destruction a été dramatiquement renforcée par l’étouffement causé par une mer devenue frontière (de par les intérêts français et anglais et les conflits permanents avec les états clients de la Bretagne).
Il a fait tuer et pendre des Bretons par milliers, en particulier lors de la Révolte des Bonnets rouges (ou « du Papier timbré »), aux accents démocratiques (tendances assez affirmées dans son berceau cornouaillais), dirigée par Sebastian Ar Balp (lequel est tué par surprise en 1675).

D’autres personnages historiques, ceux-là aristocrates, se sont révoltés, à divers degrés et de diverses manières, contre le pouvoir royal français : le duc de Mercoeur (qui tenta de redonner l’indépendance à la Bretagne à la mort d’Henri III en 1589, et s’est battu, par ailleurs, avec la Ligue contre le roi protestant Henri IV) , les marquis de Pontkalleg (sa conspiration en 1718 se termina sur l’échafaud en 1720) et A.C. de La Rouërie (ce dernier, héros de l’indépendance américaine, s’est battu pour le parlement de Bretagne et embastillé en 1788).

La Révolution française et XIXème siècle

Les révolutionnaires français d’obédience jacobine, à partir d’une idée libératrice théorique, n’avaient pas conscience de droits pour les peuples conquis et les ont assimilés à des « privilèges » d’ancien régime. Nous avons donc perdu notre autonomie et davantage : la Bretagne a cessé d’exister officiellement pour être (en 1790) divisée en cinq départements (pour la peine, leurs limites orientales ont épousé exactement notre frontière millénaire). D’un pays riche, nous sommes devenus un pays pauvre, déjà appauvri au XVIIIème siècle par la politique guerrière royale. Qui le conteste ? Mais allez trouver tout ça dans un livre utilisé généralement en classe !

Au tout début de ce siècle, la Chouannerie a marqué la Bretagne, de façon plus accentuée dans les terres les plus proches du grand ouest français (Vannetais, Pays de Redon, Pays Nantais, Marches de Bretagne). Pourtant, d’abord, les Bretons ont vu plutôt d’un bon oeil une révolution qui, par certains côtés, rappelaient certaines révoltes bretonnes et des sentiments moins antinomiques à l’idée démocratique. Mais la dérive totalitaire des jacobins, contre les personnes (quasi génocides à Nantes comme en Vendée), s’opposant aux libertés bretonnes, et s’attaquant à la religion catholique, a fortement « braqué » les Bretons (surtout les plus profondément religieux). Et la révolution française a réussi à en faire des anti-révolutionnaires, qu’ils n’étaient pas de nature. Ceci, quoique les républicains bretons aient eu une importance pas négligeable. Un personnage marquant fut Georges Cadoudal, lequel ne fut vaincu qu’au bout d’une longue résistance (guillotiné en 1804).

Les campagnes bretonnes vont devenir de plus en plus pauvres, à l’exception des « Juloded », paysans de la « ceinture dorée » (principalement Leon). Par ailleurs, pendant un temps, un commerce triangulaire positif existera avec le Pays de Galles et Bordeaux (bois breton, charbon gallois, vin de Bordeaux), avant que nos bateaux et notre économie n’en bénéficient plus. Il était bien plus lucratif que le futur commerce des « Johnny oignons ». 

C’est du côté des classes aristocratiques et de la haute bourgeoisie que va se développer une prise de conscience « bretonniste ». Ceci en cohérence avec le courant romantique. Il y a, chez ces hobereaux et nobles bretons, une nostalgie de l’ancien régime qui « trompera » jusqu’à nos jours l’aile politique opposée, dans une approche objective du problème breton. 

Quelles que soient les sentiments et motivations premières, je considère que les héritiers de la Révolution ont mélangé le positif et le négatif (anéantissement du peuple breton dans sa culture et ses droits, colonialisme outremer), comme des « réactionnaires » ont mixé l’humainement négatif et positif, en soutenant la lutte d’un peuple pour sa survie

L’expression culturelle de ce renouveau s’est faite dans une approche qui a été qualifiée de « celtomane ». Jeter la pierre aux tenants bretons d’une approche peu scientifique (qui était de règle) est plutôt facile. Là aussi, l’image de marque d’un mouvement néo-celtique a été entachée de manière pas très honnête par ses vilipendeurs. Ceux-ci se sont, par exemple, attaqués à l’authenticité du grand livre appelé le Barzaz Breiz (dont George Sand a fait un éloge sans réserve) , celle-ci ayant été démontrée, pour la grande majorité des chants , par l’ethnologue Donatien Laurent. Les relations interceltiques ont repris, ne faisant que rétablir des liens parfaitement naturels, bloqués par les intérêts égoïstes des empires français et anglais. 

Sans aucun pouvoir de décision, nous avons dû subir plusieurs guerres, 1870, 1914-18, 39-45 (sans oublier le Camp de Conlie, plus tard Indochine, Algérie). Paris et la France sont responsables de la mort de centaines de milliers de Bretons.

XXème siècle

Il aura été plutôt horrible, malgré pourtant toute sa créativité et des moments heureux (quoique jamais généralisés). 

Le mouvement d’émancipation bretonne s’est développé à la suite du « bretonnisme » dont je parlais plus haut. Le mouvement « régionaliste » (Union régionaliste bretonne), puis « nationaliste »  en 1911 (Parti nationaliste breton) s’est trouvé d’abord (avant la « Grande guerre ») marqué par une droite plutôt royaliste (malgré des personnalités très à gauche comme déjà un Émile Masson). Heureusement pour mes tendances de gauche, des tenants de cette aile politique ont commencé à se détacher des déviations nationalistes françaises ayant cours « à gauche » depuis la Révolution. En atténuant ce blocage, ils ont pu discerner ce qu’un combat breton peut avoir de naturellement progressiste. Je rappelle celui qui l’incarnait le mieux : Émile Masson (1869-1923). 

Après la 1ère guerre mondiale, où la raison avait quitté l’espèce humaine, l’entre-deux-guerres a été prolifique sur le plan culturel, général comme breton. La revue littéraire Gwalarn développe une modernité, notamment à travers la traduction de grands auteurs internationaux et de philosophes antiques,  mais aussi l’écriture d’un Jarl Priel, comme d’un Jakez Riou (précédés par un Tangi Malmanche). Les Seiz Breur (1923-1947), avec Jeanne Malivel et René-Yves Creston, inscrivent un nouvel art breton dans le contemporain, voire l’avant-garde.     

Je n’évoquerai pas, dans ces compléments culturels historiques, ce que vous trouvez facilement ailleurs, notamment tous ces auteurs et toutes ces auteures de langue française qui ont honoré la Bretagne par leur immense talent. 

Les militants politiques aussi veulent abandonner un certain archaïsme politique. Émile Masson, Maurice Duhamel ou Yann Sohier cherchent à intégrer la cause autonomiste à un contexte humaniste et progressiste. Le Parti autonomiste penche d’abord à gauche sous leur impulsion. Le PCF lui montre, pour un temps, une certaine sympathie.

En 1931, peu avant l’explosion de la statue de l’hôtel de ville de Rennes, est né le PNB, Parti National Breton (à ne pas confondre avec le Parti nationaliste breton d’avant la 1ère guerre). Au centre et à l’autre bord de l’échiquier, certains (les frères Delaporte) viennent d’une sensibilité démocrate chrétienne et d’autres vont être malheureusement sensibles à la mouvance fasciste, nazie pour certains d’entre eux (Céléstin Lainé, Olier Mordrel). Cette lutte d’influence va voir cette deuxième mouvance prendre le dessus.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           En 1931 également, militants de gauche opposés au PNB, Morvan Marchal (souvent calomnié, créateur du drapeau breton), Goulven Mazéas et d’autres fondent la Ligue Fédéraliste de Bretagne.                                                                                                                                                                              En 1933 est créée (notamment par Yann Sohier, père de Mona Ozouf), l’organisation culturelle laïque et progressiste Ar Falz.  

Les républicains bretons (hors mouvement breton), ayant dans leur ensemble (sauf un moment les communistes) délaissé la cause de la libération des peuples, lorsqu’il s’agit de leur propre peuple, ils ont laissé l’aile d’extrême droite prendre le devant de la scène, marginalisant, aux yeux de tous ou presque, ceux qui défendaient une Bretagne humaniste et autonome. Ces deux qualificatifs réunis de façon tellement cohérente chez les uns, vont acquérir, pour des générations, une image absurdement antinomique. Ceci à cause d’un nombre assez limité de nationalistes bretons d’extrême-droite

L’honnêteté minimale impose, toutefois, de se rappeler les milliers de nationalistes français de ce bord, y compris en Bretagne, qui, pendant l’occupation germano-nazie, ont largement autant souillé le tricolore que d’autres ont souillé le Gwenn-ha-du (créé d’ailleurs par le démocrate Morvan Marchal -Ligue fédéraliste-). 

La guerre et l’occupation allemande mènent près d’une centaine de militants nationalistes bretons à s’allier directement à l’occupant nazi. D’autres le firent à des degrés divers, certains plus passivement . Vichy et les Allemands ont d’abord encouragé, puis seulement toléré les velléités bretonnes. Cela ne dédouane évidemment pas les erreurs et les crimes (lesquels ont été jugés). 

On « oublie » souvent l’aile gauche du mouvement autonomiste et « nationaliste » (je précise ma pensée à ce sujet dans mon livre), dont beaucoup de ses militants ont choisi la Résistance. Leur nombre est comparable à ceux des nationalistes bretons de l’autre bord. Ce parallèle rééquilibre beaucoup de commentaires ne se privant pas de mentir. Certains nationalistes bretons trouvèrent la mort et la déportation sous l’occupation. Ceci en particulier dans la poche de St Nazaire. Ne pas le rappeler est plus que malhonnête. 

Le passé récent (1945-1965), avant l’histoire très contemporaine.

Je redonne ici pour rappel le passage que je lui consacre dans mon livre.

L’après-guerre s’est montrée un terrain fertile pour la culture de la Bretagne comme pour son économie. L’idée du bagad
de modèle écossais, sur la trace des derniers sonneurs 
de Bretagne (Bodadeg ar Sonerion, dont les précurseurs
étaient Kenvreuriezh ar Viniaouerien) a été un moteur 
extraordinaire. Son développement, de plus en plus affirmé, a été au centre d’un premier revival et en a permis un second, qui allait suivre, du milieu des années 1960 à nos jours. Autour
des bagadoù, tout se met en branle : les cercles celtiques, 
les fêtes (Cornouaille, Brest, les Bleun-Brug), les chorales, la lutte celtique (gouren), la relance du kan-ha-diskan et la naissance du fest-noz sonorisé (sans oublier notre harpe celtique!). 

La société bretonne bouge. Le CELIB (Comité d’étude et de liaison des intérêts bretons) s’appuie sur une solidarité naturelle en Bretagne pour développer une économie porteuse, mais aux aspects bien discutables (en particulier écologiques). Plus tard, au début des années 1960, aura lieu la grande révolte paysanne autour d’Alexis Gourvennec : les « fellagas » bretons au retour de la guerre d’Algérie lutteront – ne rechignant pas le cas échéant à des opérations spectaculaires – pour défendre l’agriculture bretonne (avec des aspects discutables). René Vautier sortira le film Avoir 20 ans dans les Aurès. D’emblée, je me situerai pour l’indépendance de l’Algérie, regrettant qu’une autonomie ne lui ait pas été accordée, ainsi qu’aux semi-colonies européennes que sont pour moi la Bretagne et la Corse. Je reste persuadé que bien
des malheurs auraient été évités.

En 1957 se constitue le MOB (Mouvement pour l’organisation de la Bretagne) auquel j’adhère à 17 ans comme d’autres
jeunes militants. Notre jeune âge nous oriente vers de nouvelles idées. En 1964, par scission du MOB, est créé l’UDB
(Union démocratique Bretonne), qui participe à démontrer l’absurdité de cataloguer l’idée bretonne à droite. D’autres
jeunes deviennent à cette époque des
fellagas bretons au premier degré en rejoignant la mouvance FLB (Front
de libération de la Bretagne) ou ARB (Armée révolutionnaire bretonne). Pour ma part, j’aurai toujours été « œcuménique »
dans mon approche du combat pour la cause bretonne. J’ai défendu des prisonniers du FLB, à l’instar d’un Rocard,
comme je me réjouissais de l’existence de l’UDB. Mais je n’étais pas d’accord sur tout. 

Je reviendrai certainement compléter ces propos. Cela allait de soi, quand on sait à quel point mon histoire personnelle est entremêlée à l’histoire plus générale de la Bretagne, de l’après-guerre à nos jours. 

J’y ai déjà précisé un point négligé : la distinction à faire entre le 1er Revival (1945-1965) et le 2ème (de 1966 à aujourd’hui). 

Mon autobiographie raconte en détail cette dernière période. Je pourrai toujours ajouter des réflexions sur cette Bretagne en route vers l’an 2000, puis sur les pistes de l’Inconnu.

Je souhaite un 3ème Revival, qui pourra naître, grâce au statut particulier et l’autonomie que les Bretonnes et Bretons allons conquérir (2032 ?), si nous voulons simplement faire profiter, nos descendants et tous nos semblables, des trésors et des potentiels bretons


Cette bataille est partie intégrante d’un combat plus général pour l’Humanisme, comme pour la Planète.