POUR LES LECTRICES ET LECTEURS DE MON AUTOBIOGAPHIE
(Evit lennerien ha lennerezed ma danevell-vuhez)

MUSIQUE DES CELTES et MUSIQUE CELTIQUE
(Sonerezh ar Gelted ha Sonerezh keltiek)

Ces caractères bretons, (quand ils sont affirmés), je les ai retrouvés en musique gaélique, ne niant pas les différences et les déclinaisons.

Une distinction trompeuse est le plus grand ambitus de celle-ci. Je l’attribue à certains relents aristocratiques (comme les paroles) perdus en Bretagne depuis les lais et neumes bretons, la musique rurale ayant resserré ces ambitus à quelques notes. En réalité, on a à faire moins à une différence nationale que sociale.

Une autre distinction illusoire est l’exploitation de types de danses différents. On oublie que jigs, reels, gavottes, andros, sont la plupart des imports et que l’identité se manifeste par leur TRANSFORMATION (un Erik Marchand, par exemple, ne comprend pas cette logique). On aura compris que les types de danses ne sont pas à prendre en compte pour distinguer la Bretagne des nations d’Outre-Manche.

Bretagne, Ecosse, Irlande utilisent divers modes anciens sur la gamme diatonique (mode de ré, de sol, de la, ou Dorien, Hypophrygien, etc.). Tous utilisent, davantage que les provinces françaises et anglaises, des gammes défectives, dont des pentatoniques. Les gammes défectives ou les diatoniques varient en proportion selon les lieux. L’Ulster et l’Ecosse utilisent davantage les pentatoniques que l’Irlande du Sud. Cette relativité empêche d’opposer pays gaéliques et Bretagne, même si le pentatonique y est plus rare (mais moins rare que chez nos voisins).
Difficile de savoir si un emploi plus marqué de cette gamme montre une remontée dans le temps vers les anciens Celtes, ou plus loin vers le Néolithique.

Je me suis intéressé aux musiques des provinces françaises, et d’autres régions européennes, je n’ai nulle part retrouvées rassemblées les tendances (que j’indiquais pour la Bretagne), comme dans nos musiques celtiques. RASSEMBLEES est le mot clé. Chaque caractère séparé ne définit en rien une musique. C’est seulement quand ils sont tous présents, que je parle de Musique celtique au sens profond. Un universitaire a critiqué mes assertions en n’ayant pas du tout compris cet aspect (d’autant qu’il n’a lu qu’un bout de mon texte !).

Que ce soit très minoritaire n’est pas le problème. Et que ce soit perdu ou réduit à un degré homéopathique dans les régions non-celtophones (Pays Gallo, Galice), ou évincé par le Protestantisme gallois, n’enlève rien au respect qui est dû. Au Pays de Galles, j’ai fait connaître dans ma discographie des thèmes gallois non « pollués » par le chant protestant. J’ai pu chanter à Monterfil un ou deux thèmes gallos montrant des affinités avec les tendances celtiques. Rien de plus normal, car les voisins Français ou Occitans les ont aussi perdus à 90%, pas à 100. Avec Carlos Nuñez, j’ai pu me rendre compte de certaines convergences en Galice dans des formes anciennes.

Et rien n’empêche d’employer l’expression dans un sens plus light et « citoyen » : la musique des pays celtes et de leurs diasporas et territoires ultra-marins. C’est le sens donné par les festivals et les labels et média. Je ne m’oppose pas à son utilisation que certains trouvent « commerciale ». Être « bancable » n’est pas une tare. C’est la preuve d’avoir créé une demande populaire pour ce qui était hier voué aux oubliettes.

“ Friedrich Gennrich : Les principes des lais insérés dans les romans arthuriens font encore l’originalité des musiciens celtiques d’aujourd’hui. Qu’ils improvisent magistralement les variations sérieuses d’un urlàr de piobaireachd ou les mille facéties d’un sonneur de bombarde donnant à satiété les incises de base d’une gavotte pourlet ou d’une danse fisel…”.
La musique celtique peut écraser le sol, faire corps avec la terre, pour mieux se libérer de la pesanteur et porter l’auditeur en lévitation, dans un état où se rejoignent la terre, l’eau et le vent… (« Telenn, la harpe Bretonne »).